La Canebière : l'avenue de Marseille qui doit son nom au chanvre
Un nom qui dit tout : canebe, le chanvre provençal
Demandez à un Marseillais l'origine du nom de sa plus célèbre avenue : peu la connaissent. La Canebière vient du provençal canebe (chanvre, du latin cannabis), via canebiera : la chènevière, le champ de chanvre. Avant d'être percée en 1666, à l'époque de l'agrandissement de la ville voulu par Louis XIV, la zone était un faubourg de terres humides où l'on cultivait et travaillait le chanvre destiné au port tout proche.
Le nom est resté, la fonction aussi pendant longtemps : l'artère et ses abords ont accueilli des générations de cordiers, ces artisans qui torsadaient les fibres de chanvre en cordages pour les navires. Notre marque, Canebia, est un hommage direct à cette étymologie — un nom de chanvre, un nom du Sud.
Le port de Marseille, dévoreur de chanvre
Il faut imaginer le Vieux-Port du XVIIᵉ au XIXᵉ siècle : des centaines de bâtiments de commerce, des galères royales jusqu'en 1748, et pour chacun des kilomètres de cordages, des voiles, des filets — tout en chanvre. Marseille consommait la production des campagnes provençales et rhodaniennes, et important le complément d'Italie ou du Levant. Le long du Lacydon, les ateliers de cordiers étiraient leurs « allées de corderie », ces longues pistes rectilignes où les fileurs marchaient à reculons en torsadant la fibre.
La ville a gardé d'autres traces de cette économie : rue des Cordelles, quartiers d'ateliers, et jusqu'au vocabulaire des métiers portuaires. Le chanvre était à Marseille ce que la soie était à Lyon : une matière fondatrice.
De la promenade bourgeoise au symbole retrouvé
Au XIXᵉ siècle, la Canebière devient l'avenue de tous les prestiges — cafés, grands hôtels, théâtres — au point que les marins du monde entier la citent comme le cœur battant de Marseille. Le chanvre, lui, disparaît du paysage : la vapeur tue les voiliers, les fibres exotiques puis synthétiques tuent la corderie, et la prohibition du XXᵉ siècle efface jusqu'au souvenir de la plante (notre article sur l'histoire du chanvre en France retrace cet effondrement).
Il reste le nom. Et une forme de justice poétique : un siècle plus tard, le chanvre légal revient dans les boutiques marseillaises sous forme de fleurs CBD et d'huiles analysées. C'est ce fil que Canebia veut renouer, entre la Provence chanvrière d'hier et le bien-être d'aujourd'hui — avec la livraison à Marseille en 24 heures, évidemment.
- Archives municipales de Marseille
- Académie de Marseille — toponymie provençale
- Musée d'Histoire de Marseille